Dans l’écrin de l’océan Indien, La Réunion et Maurice se font écho sans jamais se confondre. Deux îles, deux joyaux, deux âmes, mais un même appel à l’évasion, entre nature spectaculaire, traditions vibrantes et douceur de vivre aux accents créoles. Sauvage et grandiose, La Réunion est une terre d’aventure où volcans et cirques sculptent des paysages d’exception. Maurice, elle, berce le voyageur dans un dédale de lagons turquoise et de raffinements insulaires, promesse d’élégance et de quiétude pour les amoureux transis. Deux univers qui se frôlent, mais racontent chacun une histoire unique.
Crédits: Ludvic Jacome
1
Palettes insulaires aux mille couleurs
À La Réunion, la nature ne se contemple pas, elle se vit. Elle s’y déploie dans une intensité brute, sculptée par les forces telluriques et le passage du temps. Les cirques majestueux de Cilaos, Mafate et Salazie forment un décor vertigineux où montagnes escarpées, forêts primaires et cascades se succèdent. Chaque sentier est une invitation à la découverte, chaque rempart une fresque vivante gravée par l’érosion et les caprices du Piton de la Fournaise, géant de feu toujours en éveil. À proximité du volcan, le sol vibre encore du souffle des profondeurs, confrontant les voyageurs à un tête-à-tête saisissant avec l’un des volcans les plus actifs au monde. Des paysages lunaires de la Plaine des Sables aux flots pétrifiés des anciennes coulées, La Réunion dévoile un spectacle sans cesse renouvelé, où la roche se pare tour à tour de cendres sombres, de lueurs incandescentes et de paysages façonnés par le temps. Ici, la terre respire encore, brûle, renaît et se donne en spectacle dans une symphonie de contrastes grandioses. Un terrain d’exploration sauvage hors du commun pour les âmes en quête d’aventure et d’authenticité.
À Maurice, la nature se fait plus douce, mais tout aussi saisissante, baignée d’un équilibre parfait entre luxuriance et harmonie. Le parc de Chamarel, avec ses Terres des Sept Couleurs, peint un tableau vivant où les tons ocre, verts et indigo s’entrecroisent dans un jeu de lumière fascinant. À quelques pas, la cascade de Chamarel déploie son voile argenté, creusant son passage à travers le cocon tropical qui l’entoure. Plus au sud, le Morne Brabant, majestueuse sentinelle classée au patrimoine de l’Unesco, porte en ses flancs la mémoire des esclaves marrons qui y trouvèrent refuge. Gravir ce sommet, c’est marcher sur les traces d’une histoire inscrite dans la pierre et, une fois au sommet, embrasser du regard le lagon turquoise et l’infini de l’océan. Vers l’intérieur des terres, les forêts d’ébène et les champs de canne à sucre ondulent sous la brise marine et dessinent un paysage où la nature et l’histoire se fondent en une harmonie envoutante. À Maurice, chaque relief raconte un récit ancien, chaque couleur un fragment de l’île et chaque sommet une promesse d’évasion.
Deux îles, deux nuances de nature, où l’exubérance volcanique de La Réunion répond à l’élégance tropicale de Maurice.
Piton des Neiges, La Réunion / Crédit : Gregor LENGLER/LAIF-REA
2
Lagons de velours ou rivages de feu
Les plages de La Réunion et de Maurice, bien que baignées par les mêmes eaux turquoise de l’océan Indien, offrent des visages contrastés, à l’image de leur tempérament respectif. À La Réunion, point de lagon infini, mais des criques sauvages, des plages de sable noir ou blond sculptées par la lave et le temps, où l’Atlantique et l’océan Indien se donnent rendez-vous dans une étreinte parfois fougueuse. Certaines sont mêmes interdites car trop dangereuses. Sur d’autres, les âmes aventurières peuvent contempler la force des vagues, s’initier au surf à Saint-Leu ou se prélasser dans les rares lagons cristallins de l’Ermitage, sous l’ombre bienveillante des filaos. À Maurice, le lagon déploie un camaïeu de bleus irréels, protégé par une barrière de corail qui transforme chaque baignade en parenthèse enchantée, à l’abri des caprices de l’océan. De Trou-aux-Biches à Belle Mare, en passant par la mythique plage de Mont Choisy, le sable y est d’une douceur exquise, presque irrévérencieuse, comme si l’île avait voulu flatter les pieds des voyageurs. Ici, le temps semble suspendu, bercé par le clapotis des vagues et le frémissement des palmes caressées par l’alizé.
Deux îles, deux tempéraments qui oscillent entre sérénité azur et frissons océaniques.
Île Maurice / Crédit : Letizia Le Fur
3
Au fil de l’eau…
Entre La Réunion et Maurice, l’océan se prête à mille et une aventures, mais avec des contrastes saisissants.
Sur l’île intense (le surnom de La Réunion), l’océan impose sa force, indomptable et sauvage. Ici, pas de lagon aux eaux placides mais des vagues puissantes, un challenge pour les surfeurs à Saint-Leu ou à Trois-Bassins. La plongée y est plus secrète, plus brute, entre falaises sous-marines et tombants vertigineux, où la réserve marine de l’Ermitage et le Cap la Houssaye révèlent une faune aux allures de trésor caché. Pour ceux qui préfèrent une approche plus sereine, le paddle et le kayak se pratiquent dans les eaux plus calmes du lagon de l’Ermitage ou de la Saline, où l’on glisse au-dessus d’un monde sous-marin scintillant. Au large de l’île, les mois de juillet, août et septembre sont rythmés par le fabuleux défilé migratoire des baleines à bosse. À La Réunion, la mer n’est jamais un simple décor : elle est un défi, une danse, une force avec laquelle il faut composer.
Dans le paradis mauricien, le lagon azur s’étire comme un rêve éveillé où l’on glisse sans effort en paddle et où l’on explore en kayak des paysages dignes d’un décor de carte postale. Les fonds marins, paisibles et enchanteurs, révèlent aux plongeurs un ballet éblouissant où les coraux multicolores servent de décor à une myriade de poissons tropicaux – poissons-perroquets éclatants, balistes facétieux, bancs de demoiselles scintillantes – évoluant avec une grâce hypnotique. Il suffit d’un simple masque et d’un tuba pour assister, au Grand Bleu de Belle Mare, dans les grottes sous-marines de l’Île aux Serpents ou les récifs de l’Île aux Cerfs, à ce spectacle vivant où chaque recoin de l’eau semble vibrer d’une palette infinie de couleurs et de mouvements. Et pour ceux qui préfèrent l’ivresse de la vitesse, le kitesurf règne en maître du côté de Le Morne, où les alizés gonflent les voiles de leur souffle divin.
Deux visions de l’océan, deux manières de le vivre – paisible ou tempétueux, caresse ou défi, selon que l’on cherche le frisson ou l’abandon.
4
Le ballet des papilles
Les gastronomies réunionnaise et mauricienne, toutes deux issues d’un métissage culinaire foisonnant, racontent l’histoire de leurs îles respectives à travers des saveurs enchanteresses et des parfums exotiques. Si elles partagent un socle commun – hérité des influences africaines, indiennes, chinoises et européennes –, elles s’en distinguent par des subtilités aussi délicates que révélatrices de leur identité.
La cuisine réunionnaise, plus épicée et charpentée, se caractérise par l’omniprésence du piment vif et piquant qui rehausse le moindre mets. Elle s’ancre dans une tradition de plats mijotés comme le cari, où les épices – curcuma, massalé, gingembre – se fondent dans des sauces onctueuses et profondes. Le rougail, emblème culinaire de l’île intense, est bien plus qu’un simple plat : c’est une ode aux saveurs, une mélodie d’arômes où chaque ingrédient compose une symphonie envoûtante. Héritage métissé des terres créoles, il se décline en une myriade de variations, révélant à chaque fois une facette nouvelle de son âme épicée. Tantôt complice des bringelles fondantes, tantôt compagnon des chairs délicates du poisson ou des accents fumés de la saucisse boucanée, il s’embrase sous l’étreinte du piment, s’adoucit d’un souffle de tomate et s’éveille sous la caresse du combava. Sur l’île Maurice, la cuisine s’épanouit dans une harmonie subtile, où les influences créoles et indo-musulmanes s’entremêlent avec délicatesse. Ici, les épices murmurent plutôt qu’elles ne s’imposent, enveloppant chaque plat d’un équilibre raffiné. Le mine frit se pare de nuances dorées, le biryani déploie ses parfums envoûtants, tandis que le dholl puri, fine galette de pois chiches, se déguste comme un trésor du quotidien. Quant au vindaye, il danse entre acidité et douceur, éveillant le palais sans jamais l’assaillir, et laissant dans son sillage le souvenir d’un voyage aux saveurs délicates.
À La Réunion comme à Maurice, la canne à sucre façonne le paysage et l’histoire. Des distilleries de Saint-Gilles aux rhums arrangés de l’île sœur, chaque bouteille est un concentré de savoir-faire et d’exotisme, entre épices, vanille et notes boisées. Maurice se distingue par ses rhums élégants et raffinés, tandis que La Réunion exalte des saveurs plus intenses, reflet de son caractère volcanique.
Deux cuisines-sœurs, unies par la passion du partage et du plaisir gustatif.
Crédit : Letizia Le Fur
5
Îles sœurs, destins croisés
Ces deux îles portent en elles l’empreinte indélébile d’un métissage d’une rare richesse. Modelées par les vents de l’histoire et les courants du grand commerce maritime, ces terres autrefois vierges ont vu défiler navigateurs et conquérants – Arabes, Portugais, Hollandais, Français et Britanniques –, chacun y laissant une trace, une langue, une saveur, façonnant peu à peu leur identité plurielle.
La Réunion porte son nom comme un emblème : département français d’outre-mer depuis 1946, elle incarne le brassage des peuples venus d’Europe, de Madagascar, d’Inde et d’Afrique, unis par l’histoire mouvementée du commerce et de l’esclavage. Cette mosaïque culturelle a donné naissance à une identité unique, où le maloya (un genre de musique, de chant et de danse créole), inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco depuis 2009, fait résonner les voix du passé tout en portant l’âme réunionnaise vers l’avenir. À Maurice, anciennement appelée Isle de France, les influences africaines, indiennes, chinoises et européennes s’entremêlent et forment une nation plurielle où les langues, les croyances et les traditions cohabitent avec une fluidité fascinante. Indépendante depuis 1968, Maurice a su forger une identité forte, où le créole résonne aux côtés du français et de l’anglais, tandis que les fêtes hindoues, musulmanes et chrétiennes ponctuent le calendrier d’une ferveur colorée. À travers leurs langues, leurs musiques, leurs rites et leur gastronomie, Maurice et La Réunion racontent une histoire commune, celle d’îles façonnées par l’ailleurs, mais ayant su créer une richesse culturelle inestimable. L’une murmure, l’autre rugit. L’une caresse, l’autre saisit.
La Reunion / Crédit: Ludovic Jacome
Deux îles, deux invitations au voyage. Il ne vous reste plus qu’à choisir… ou pourquoi pas vous laisser envoûter par les deux ?
Par
JEROME CARTEGINI
Photographie de couverture : Pierre Lepretre / Getty Images