Italie

Les cinq étoiles de Toscane

Les cinq étoiles de Toscane

Peu de régions se flattent d’offrir une réalité qui correspond presqu’exactement à leur légende. De Florence aux plaines du val d’Orcia, des routes du Chianti jusqu’à la tour de Pise, les mythes toscans s’offrent, à quelques détails près, comme on les imaginait. Et c’est bonheur. La preuve par cinq.

 

Florence

Modeste par sa population (moins de 400 000 habitants) et une géante au rayon patrimoine. Le cœur battant de la Renaissance, la ville aux cent églises et autant de palais ou de génies qui s’y croisèrent, Michel-Ange, Galilée, Da Vinci, Machiavel, les Médicis, Botticelli ainsi qu’une une ribambelle de papes, n’en finit pas d’aligner ses façades plusieurs fois centenaires, ornées de marbres rares (Carrare n’est pas si loin), des sculptures et de toiles à se damner.

place principale de Florence

Berthold Steinhilber/LAIF-REA

L’indispensable

Le Duomo. Malgré l’abondance des visites obligées dans cette ville capitale d’art, impossible de passer à côté de la cathédrale del Fiore. Ou, plus flambant, de la place sur laquelle elle est installée. Car ce grandiose édifice (160 mètres de longueur, 43 de largeur et une centaine de hauteur…) dont les premières pierres furent posées au XIIIème siècle, voisine avec le Duomo, une coupole de référence : signée Brunelleschi, elle mesure 45 mètres de diamètre, sans armature, un véritable exploit architectural pour le XVème siècle. Il a du reste inspiré Michel-Ange au Vatican. Terminer par l’ascension du campanile voisin, 414 marches pour se retrouver 84 mètres au-dessus des pavés. Reprendre son souffle devant l’une des plus belles vues de Florence.

L’improbable

Tendance cuir. A Florence, le travail des peaux fait tradition depuis le Moyen-Âge. C’est dire si ses artisans ont eu le temps de peaufiner leur excellence. Les élevages de la campagne alentour et le talent des créateurs ont fait le reste. D’abord pour relier les manuscrits des monastères, puis ceux des savants, désormais pour accessoiriser la garde-robe des belles ou celle de leur garde du corps. Du portefeuille aux souliers en passant par les ceintures et les sacs à main, plusieurs enseignes de référence brillent dans le centre historique de la ville. Sur ce même registre, ne pas manquer la visite de l’Ecole du cuir (Scuola del cuoio) installée dans le monastère Santa Croce. Des élèves venus du monde entier y apprennent l’art de la pelleterie et des coutures.

 

 

Chianti

Entre Florence et Sienne se trouve la plus célèbre des régions viticoles d’Italie. A juste raison. Oublions la piquette carafée dans les pizzerias du monde entier pour ne retenir que les cols soignés du chianti classico frappé du coq noir, le gallo nero. Un régal. Ajouter un cadre de toute beauté, collines douces, vagues de vignes, chemins tourmentés bordés d’oliviers et de cyprès, caves tapies au sommet des collines et bourgs à peine sortis du Moyen-Âge dominés par leur église de pierre rose. Les romantiques adorent et savourent sans retenue.

Château de Brolio - Gaiole in Chianti - Italie

Michele Alfieri/Getty Images/iStockphoto

L’indispensable

Pot de verre. Greve in Chianti est considérée comme la sentinelle du chianti classico. Va bene. La petite ville, à peine 15 000 habitants, ramassée sur elle-même, domine un océan de vignes et mille chemins bordés de cyprès. Ajouter un château, une place centrale bordée d’arcades, la statue du héros local, Giovanni da Verrazzano (le découvreur du futur New York) et des ruelles pavées… Entrez dans la carte postale. Vivante, élégante, bienveillante. Alors, poussez les portes de l’Enoteca Falorni. A l’abri d’une cave se cache le temple de la dégustation. Plus de 100 chiantis sont proposés au verre. Rouge, rosé, blanc, moelleux, rien ne manque. Egalement huiles d’olive, confitures, miels et pasta. Au bonheur du palais.

L’improbable

Pot de terre. La fameuse coupole de la cathédrale de Florence, 45 mètres de diamètre sans armature, un exploit du XVème siècle, vient d’Impruneta, la capitale de la terre cuite, la fameuse terracotta. Les artisans la travaillent depuis le Moyen-Âge. C’est dire si les potiers actuels maîtrisent le tour et le polissage dans leurs ateliers et boutiques. Une dizaine d’entre eux oeuvrent en direct au centre du village. On peut repartir avec un vase, une soucoupe, un cendrier chic, le toit complet d’un château ou tout simplement une tuile peinte. Savoir que la poterie est enseignée aux enfants des écoles d’Impruneta et que la ville a dessiné une « Route de la céramique, de la terre cuite et du gypse en Toscane ». Elle fait le tour des ateliers du bourg puis suggère de visiter à l’extérieur les carrières ainsi que les plus belles réalisations faites à l’aide de la si précieuse terre.

 

Sienne

Les scientifiques parlent de PBr7, la Terre de Sienne, régal des peintres fans de ce pigment rouge-brun irremplaçable, cher à Rembrandt comme à tant d’autres. Ce sol vibre, comme s’il avait porté vers le ciel une ville gardienne d’histoire et de savoir. Architecture droit sortie du Moyen-Âge, façades à blason, ruelles cabossées, trattorias de carte postale, il flotte ici comme un air de douce vie, de roman d’autrefois et de pierres (les 400 marches de la Torre del Mangia, le Duomo…) qui disent la Foi. Une étape à ne manquer sous aucun prétexte.

Jolie façade à Sienne

Olivier Romano

L’indispensable

Au galop. Le Palio désigne une des seules courses de chevaux organisées en centre-ville, sur l’immense place del Campo, sorte d’amphithéâtre tapissé de briquettes posées en épi. Chaque année, le 2 juillet puis le 16 août, la place est couverte de sable et accueille une compétition délirante au cours de laquelle se défient dix quartiers de la ville, chacun son cheval, pas de selle et que le plus galopant gagne ! Ambiance de folie, costumes d’époque assurés, supporters déchaînés et souvenirs inoubliables.

L’improbable

Boule de cristal. A deux pas de San Gimignano, Colle di Val d’Elsa (superbe région alentours) est la reine du cristal. Un musée signé Jean Nouvel raconte l’histoire de cette production qui fait la gloire (et la richesse) de ce gros bourg séparé en deux : moderne en bas, elle retrouve son look médiéval en haut. Des escaliers et un ascenseur font le lien. Plusieurs boutiques attestent du talent des artisans du verre.

 

Pise

Galilée y est né, l’Arno y coule comme à Florence et la divise en deux et sa cathédrale, Notre-Dame de l’Assomption, prononcer il Duomo (XI-XIIIème siècle), 100 mètres de long, est une référence architecturale du monde chrétien. Pour mémoire, cette dernière fut financée par une expédition des Pisans jusqu’en Sicile pour y déloger les musulmans. La chaire qu’elle abrite est un chef-d’œuvre de la sculpture du XIVème siècle, marbre, porphyre, raffinement des scènes. Sans négliger des dizaines d’églises plus touchantes les unes que les autres, autant de musées, de places ornées d’une fontaine, de villas patriciennes… On comprend dès lors que Pise est un peu plus qu’une cité italienne, elle est mémoire des gloires enfuies. Sait-on que sa flotte assurait calme et prospérité commerciale (XI-XIVème siècle) dans toute la Méditerranée, de la Sardaigne jusqu’à Ibiza en passant par la Corse ? De ses pierres émane la légende des temps qui filent et des bonheurs qui ne s’étiolent jamais.

jolie photographie de pise

ImageSource/REA

L’indispensable

Chacun sa Tour. Impossible d’y échapper. Elle penche (actuellement 3°59) juste à côté de la cathédrale dont elle est le campanile. Toute de marbre, haute de 55,86 mètres d’un côté, 56,71 mètres de l’autre, elle a été élevée entre les XIème et XIVème siècle. Las… un affaissement de terrain lui a valu son éternelle célébrité. De récents travaux de consolidation lui promettent une nouvelle vie d’au moins 100 ans. Et des millions de selfies avec des mains qui retiennent sa chute. Gardons le sourire.

L’improbable

Faites la fête ! Rendez-vous à Pise en juin. Tout commence le 16, honneur à Ranieri qui, comme chacun sait, est la saint-patron de la ville. Pise est mise en lumière par 70 000 bougies, des fresques murales, des feux d’artifices, essentiellement sur les places et les rives de l’Arno, une splendeur. Le lendemain a lieu une régate historique au cours de laquelle se mesurent les quatre vieux quartiers de Pise, sur 1 500 mètres. Par ailleurs, une bataille en costumes d’époque pour la conquête d’un pont (Ponte di Mezzo) conclut les festivités le dernier samedi du mois avec une somptueuse parade navale. Enfin, tous les quatre ans car l’événement tourne entre les participants, se déroule sur l’Arno un furieux combat naval au cours duquel se défient les républiques maritimes de Pise, Gênes, Venise et Amalfi. Le bateau de Pise est rouge, orné d’un aigle. Concerts, expositions, défilés et arts de la rue accompagnent ces manifestations.

 

La Maremme

Voilà une région de Toscane totalement méconnue. Elle baigne en bord de Méditerranée sur environ 150 kilomètres, entre petits ports à l’ancienne et criques oubliées. Tant mieux. La fréquentation touristique y est minimale et l’Italie s’y offre vraie de vraie, optimale. Routes tranquilles, nature omniprésente, terrasses et tables divines, villages dans leur jus et vie sans chichi, savourez le programme !

Cavoli - Ile d'Elbe - Toscane - Italie

Getty Images/iStockphoto

L’indispensable

Mise au vert. La région est assez fière de son parc national, vaste tapis de verdure et de marécages dessiné à 25 kilomètres de Grosseto, dans le sud. Territoire ingrat de 10 000 hectares, ce parc est le refuge des butteri, sortes de gardians locaux qui parlent encore le patois d’un autre temps lorsqu’il faut guider les troupeaux de vaches à longue corne, les marquer au fer ou les changer de pâture. A découvrir en leur compagnie à cheval bien sûr, mais également en VTT ou tout simplement en randonnée, plusieurs parcours étant balisés. De nombreux oiseaux migrateurs sont au rendez-vous.

L’improbable

Visite impériale. Au large de la Maremme flotte… l’île d’Elbe. Le souvenir de Napoléon interpelle, forcément. Il y vécut l’exil durant dix mois à compter du 3 mai 1814. Assez pour écrire une légende. Du reste, ce royaume grand comme un mouchoir de poche (28 kilomètres de longueur, 19 de largeur) saisit la moindre occasion pour célébrer son hôte au bicorne à coup de belles reconstitutions historiques. Sa résidence, la palazzina dei Mulini dans le centre de Portoferraio, est aujourd’hui un musée. Sa mère, sa maîtresse et sa sœur le rejoignirent sur l’île.

 

Par

JEAN-PIERRE CHANIAL

 

Photographie de couverture

Berthold Steinhilber/LAIF-REA